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Tous accros?

juillet 11th, 2016 | Posted by calvet in PSYCHO - (0 Comments)
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Aujourd’hui en effet, on peut être «addict» à tout et n’importe quoi, au Botox, au jeu retro, aux liposuccions, et même aux mèches blondes de chez Ariette, comme l’indique Plum Sykes dans son roman Blonde Attitude.

Plus sérieusement, l’addiction aux jeux vidéo, en augmentation chez les ados, est aujourd’hui traitée dans une unité spéciale de l’hôpital Marmottan, dans le service de Marc Valleur. «Les plus addictifs sont les jeux on line appelés à «univers persistant», comme Everquest ou Dark Age of Camelot, dans lesquels vous créez votre clone virtuel pour lui faire vivre des aventures sans fin.» Esclavage garanti… Car le jeu n’est rythmé par aucune partie, aucune «mission» spécifique. Seule règle : faire vivre et prospérer son avatar.

Nouvelles aliénations

Autre dépendance en augmentation, l’«accrophonie», ou dépendance au portable. «En cumulant l’instantanéité et l’ubiquité, l’appareil nous lie à l’autre de façon permanente», analyse le docteur Lowenstein.

Un trompe-solitude comparable à la «tototte» du bébé, qui exacerbe un peu plus nos dépendances affectives et amoureuses. Toujours plus avides, nous cherchons à nous «remplir» de cet autre, transformé en nourriture affective. «Les parents n’arrivent pas à se séparer de leurs enfants, les couples pratiquent la fusion, et la famille, jadis considérée comme un «sas» temporaire, destiné à éduquer les enfants aux valeurs de la citoyenneté et de la religion, s’est transformée en prison dorée, en «bunker» ouaté dont on n’arrive plus à sortir», analyse Serge Hefez. Résultat : noyés sous l’emprise parentale, certains ados multiplient les codépendances : boulimie-anorexie, consommation effrénée de textos, voire de cannabis.

Au nom de la liberté, l’individu hypermoderne s’est donc affranchi des grands systèmes transcendantaux qui le contraignaient, pour retomber dans de nouvelles aliénations. Comment redonner des limites à ce «moi» goulu ? Dans les cliniques ad hoc – nées dans les années 2000 comme la consultation de Marc Valleur, ou la clinique Montevideo, dirigée par le professeur William Lowenstein –, chacun tente de comprendre ce que, par le biais de la compulsion, il cherche à fuir si activement. En guise d’exercice, les patients sont incités à supporter silence et solitude.

Retrouver cette simple aptitude à être, telle est également la mission que se fixent certaines thérapies comportementales et cognitives. «Le premier pas consiste à prendre conscience de ses dépendances, explique le docteur Stéphanie Hahusseau . Ensuite, j’invite le patient à «lister» les bénéfices qu’il retire à être plus autonome («j’ai gagné du temps/j’ai passé une heure à chatter au lieu de deux/j’ai épargné de l’argent au lieu de faire du shopping compulsif»).» Mais la meilleure des préventions est d’apprendre, dès son plus jeune âge à un enfant, à être autonome – ce que le pédiatre Donald Winnicott appelait «la capacité à être seul». «Pour le mener vers l’autonomie, explique le docteur Hahusseau, il faut le sécuriser, l’encourager, valoriser ses tentatives… Mais sans le couver. Sinon, il sera incapable de faire quoi que ce soit sans «béquille», sans bouée de sauvetage, ou sans un regard qui le rassure»…

Sachez dire “Non ” aux enfants.

mars 3rd, 2015 | Posted by calvet in PSYCHO - (2 Comments)

Après des années de compromis, voici le nouveau mot d’ordre : on ne lésine pas sur l’autorité ! Puisqu’en matière d’éducation l’heure n’est plus aux improvisations, les parents n’ont plus qu’à trouver le bon ton. Photo: lavanguardia

dire “Non ” aux enfants

On le sait, le retour de l’autorité est à la mode. On n’en finit pas d’observer le phénomène et on s’interroge sur ces générations de parents paralysés à l’idée d’opposer un refus à leur progéniture.

Lorsque ses fils lui réclament des baskets branchées à 150 euros, la mère les achète sans se poser de questions. Et pourtant… Elle-même ne s’offrirait rien à ce prix-là, son budget est souvent serré. Mais pour eux, oui, elle craque. Ils ont toujours eu droit aux derniers jeux vidéo lancés sur le marché.

Aveu surprenant de la part de la mère, qui n’a franchement rien de la femme dépensière et frivole. Cette intello au fort tempérament en est arrivée à s’endetter, pour ne pas dire “ non ” à ses fils, et à tourner le dos à ses convictions les plus profondes… Elle dénonce inlassablement la malbouffe et remplit pourtant le réfrigérateur de litres de soda. Elle est fière de son potager et vante la couleur de ses tomates au bureau, mais doit admettre que ses garçons se gavent de hamburgers – ou presque.

Elle reconnaît ses contradictions, mais prolonge l’increvable slogan des soixante-huitards – “Il est interdit d’interdire ” :  Je pense que mon rôle est d’expliquer, de proposer. Je voulais qu’ils deviennent autonomes, qu’ils puissent faire des choix. Je leur fournissais des éléments de débat : ce soda fait grossir, fumer provoque le cancer, etc. Mais je les laissais prendre leur destin en main. J’ai rarement été totalement convaincue d’avoir raison de dire non. De quel droit leur imposer mon point de vue ? Ils n’ont pas demandé à naître !

Lorsque son fils aîné commence à fumer des joints, elle reste sur la même ligne : “ Quand je suis tombée sur les premiers mégots, j’ai décidé d’en discuter avec lui. Convaincue que dire “non” ne sert à rien. Je me suis persuadée qu’à quatorze ans, il pouvait comprendre le message. ” Une mère n’interdit pas, elle recherche le compromis : “ Je demande à Martin de se limiter à fumer le week-end, en soirée, avec des copains. Et jamais le matin. Je pensais que ce serait suffisant. ”
Deux ans plus tard, son fils redouble pour la seconde fois. Et quand, finalement, lorsqu’on exige qu’il arrête de fumer des joints, il répond qu’il est dépendant, “ accro ”.

On le sait, le retour de l’autorité est à la mode. On n’en finit pas d’observer le phénomène et on s’interroge sur ces générations de parents paralysés à l’idée d’opposer un refus à leur progéniture : culte de l’enfant, peur de ne plus être aimé, culpabilité des parents divorcés, on connaît par cœur la litanie des explications les plus évidentes…

On se souvient presque avec regret, la larme à l’œil, de ces familles où le père régnait en maître sur une mère soumise et des enfants qui ne bronchaient pas. Inutile d’espérer un come-back, les structures familiales ont changé de façon irréversible et, comme le souligne le psychiatre Serge Hefez : La vie était plus simple quand on ne plaisantait pas avec les règles, mais en était-elle plus facile pour autant ? La psychanalyse est née, au début du siècle dernier, des dégâts causés par ces familles autocratiques et par cette écrasante hiérarchie que certains semblent aujourd’hui regretter amèrement.

Une morosité narcissique ambiante.

La famille est désormais plus égalitaire et l’autorité n’est plus un droit absolu : Elle doit faire la preuve de son bien-fondé, de sa légitimité. À en croire les témoignages des familles et les constats des thérapeutes, de plus en plus sollicité pour des troubles d’enfants liés à un dysfonctionnement de l’autorité.  Comment peut-on lui faire comprendre qu’on ne se couche pas à une heure du matin quand on n’a que neuf ans ?

Pourquoi les interrogations de ce type se multiplient-elles ? Parce que l’adulte “ parentifie ” l’enfant ! Ce néologisme est signé Philippe Jeammet, professeur de psychiatrie de l’enfant** : “ Pour les parents, l’essentiel est que l’enfant les aime bien ! Pourvu qu’on soit copain, que l’on soit le plus proche possible… Alors, on évite les conflits. ” Philippe Jeammet relie cela à une morosité narcissique ambiante : les parents sont vaguement déçus par leurs performances, par une certaine “ fatigue d’être soi, et ce qu’ils demandent à leurs enfants, c’est d’être contents ”.

S’il veut fumer, s’il veut sortir, pourquoi le contrarier ? S’il en tire du plaisir, cela prouve que nous sommes à la hauteur en tant que parents. Sa satisfaction nous rassure sur nous-mêmes. À tort ? “ Bien sûr, affirme le thérapeute. Les parents doivent être adultes et ne pas attendre d’être protégés par leurs enfants, c’est le monde à l’envers ! ” Un contresens qui conduit à repousser le rapport de force, à ne pas supporter qu’un jeune “ fasse la gueule ” à la maison. Comme cette mère:  Sa fille de quinze ans avait installé son petit copain de seize ans chez elle. La mère nous appelait au secours, elle n’en pouvait plus de cette cohabitation, se sentant violée dans son intimité familiale. Comment en était-elle arrivée à accepter cette situation ? Parce que sa fille avait menacé de partir si elle refusait.  L’aurait-elle réellement fait ? La mère a, quoi qu’il en soit, cédé tout de suite, immédiatement déstabilisée par cette hypothèse. Déstabilisée, comme tous les parents confrontés plus banalement aux hurlements, colères ou caprices de leurs rejetons. Et qui baissent les bras pour avoir simplement la paix.

La crainte de l’abus de pouvoir.

Il ne faut pas avoir peur d’être en opposition : n’oubliez pas que les enfants ont le temps pour eux ! Ils sauront, adultes, affirmer leurs convictions. S’ils veulent boire du Coca, se gaver de cochonneries, fumer, sortir, ils le feront, de toute façon, plus tard. Alors, on peut les en priver plus jeunes, si on estime cela nécessaire… Ne leur volez pas leur enfance, ils seront adultes bientôt !

Certes, mais la tâche est plus délicate lorsqu’on se trouve seul face aux enfants. À 80 %, les personnes qui appellent l’École des parents pour des conseils sont des mères. Parmi elles, beaucoup se plaignent d’exercer seules l’autorité, qu’elles soient, d’ailleurs, en couple ou non. Autrefois, la position du père permettait à la mère de se “ décoller ” de son enfant. En faisant acte d’autorité, il aidait l’enfant à prendre son autonomie. Aujourd’hui, le papa est davantage en “ corps à corps ” avec son fils ou sa fille. Et les parents sont finalement quasi interchangeables. Alors, qui reprend la fonction paternelle d’hier ? La question reste souvent sans réponse.

La famille contemporaine n’est pas retombée sur ses pieds. Si je refuse une demande, ai-je raison ? Puis-je prétendre détenir la vérité ? Lorsque j’impose une décision qui les contrarie, je la remets rapidement en question, car je me demande de quel droit je le fais.”De la même façon, on ne punit jamais.

Mais ne pas savoir dire “ non ” aux enfants, est-ce une forme de démission ? Imposer des règles, cela passe-t-il forcément par cette manifestation d’autorité ? Le quotidien se doit d’être très balisé : tout est rangé, ordonné, organisé, ritualisé. les enfants travaillent normalement à l’école, leurs demandes ne sont jamais extravagantes, ils aident volontiers leur mère, ils ne posent aucune difficulté particulière. Alors, l’enfant pourrait donc s’épanouir, grandir, sans devoir affronter le “ non ” de ses parents ? Tout est affaire d’équilibre, ici comme ailleurs. Il faut en effet abandonner “ l’illusion démocratique ”, qui voudrait que chaque membre de la famille ait le même pouvoir. Il s’agit d’éviter d’un côté, la force brutale, le pouvoir, la menace ; de l’autre, la persuasion, l’imploration (reconnais-moi comme père ou mère et rassure-moi) et surtout l’abus d’explications qui nous encourage à oublier le passé, mais pas les hiérarchies.

Mission délicate, quand les interlocuteurs de l’enfant deviennent multiples, au sein de familles recomposées aux combinaisons de plus en plus diverses.

** Auteur de “ Réponses à 100 questions sur l’adolescence ”, éd. Solar et, avec Odile Amblard, de “ La psycho 100 % ado ”, éd. Bayard.